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Poutine, l’Europe et l’Occident : quand le rapprochement semblait encore possible

Au début des années 2000, Vladimir Poutine parlait d’une Russie européenne et coopérait avec l’OTAN. Retour sur une époque où la rupture avec l’Occident n’était pas encore écrite.

Poutine, l’Europe et l’Occident : quand le rapprochement semblait encore possible

Aujourd’hui, associer Vladimir Poutine à un rapprochement entre la Russie et l’Occident peut sembler presque absurde.

Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022, la Russie et les pays européens vivent leur confrontation la plus grave depuis la fin de la guerre froide.

Pourtant, si nous revenons au début des années 2000, nous découvrons une réalité très différente.

Vladimir Poutine parle alors d’une Russie appartenant à la civilisation européenne. Il envisage publiquement une coopération beaucoup plus étroite avec l’OTAN. Après les attentats du 11 septembre 2001, Moscou et Washington se retrouvent même du même côté dans la lutte contre le terrorisme.

En 2002, la Russie et les membres de l’OTAN créent ensemble un conseil dans lequel ils doivent travailler comme « partenaires égaux » sur plusieurs questions de sécurité.

Et en 2003, l’Union européenne et la Russie décident de construire quatre « espaces communs » couvrant notamment l’économie, la sécurité, la justice, la recherche et la culture.

Pour comprendre la déclaration récente de Louis Michel selon laquelle il aurait fallu travailler à faire entrer la Russie dans l’Union européenne, c’est probablement cette période qu’il faut regarder avec le plus d’attention.

Car pendant quelques années, la Russie de Poutine et l’Europe ont réellement essayé de se rapprocher.

1999 : un ancien du KGB arrive au sommet

Lorsque Boris Eltsine démissionne le 31 décembre 1999, Vladimir Poutine devient président par intérim.

Il est encore relativement peu connu du grand public occidental.

Son parcours intrigue évidemment.

Il a travaillé pour le KGB, notamment en Allemagne de l’Est. Il a ensuite rejoint l’administration de Saint-Pétersbourg avant de progresser rapidement dans les structures du pouvoir russe.

Il devient Premier ministre en août 1999 puis, quelques mois plus tard, succède à Eltsine.

Poutine hérite d’une Russie profondément marquée par la décennie précédente.

Les années 1990 ont été celles de la liberté retrouvée pour certains Russes, mais également celles de l’effondrement économique, des privatisations controversées, de l’enrichissement spectaculaire des oligarques et d’une perte considérable d’influence internationale.

Le nouveau président promet donc de restaurer l’autorité de l’État.

Mais cela ne signifie pas encore rompre avec l’Occident.

Au contraire.

En 2000, Poutine évoque même l’OTAN

Voilà un épisode qui paraît aujourd’hui presque surréaliste.

En mars 2000, Vladimir Poutine accorde un entretien à la BBC et est interrogé sur la possibilité que la Russie rejoigne un jour l’OTAN.

Il ne ferme pas la porte à cette hypothèse.

Sa réponse provoque suffisamment d’intérêt pour que le secrétaire général de l’OTAN, George Robertson, réagisse officiellement dès le lendemain.

Robertson salue alors « l’esprit positif » manifesté par Poutine et insiste sur la nécessité d’un partenariat entre l’Alliance et la Russie, tout en précisant que l’adhésion russe à l’OTAN n’est alors pas à l’ordre du jour.

Il ne faut évidemment pas transformer cet épisode en quelque chose qu’il n’était pas.

La Russie n’a jamais déposé à cette époque une candidature formelle comparable à celle d’un pays souhaitant réellement intégrer l’Alliance.

Mais le simple fait qu’une telle hypothèse puisse être discutée publiquement montre à quel point le climat politique était différent.

La question n’était pas encore :

« Comment l’OTAN doit-elle se protéger de la Russie ? »

Elle pouvait encore être :

« Quelle place la Russie pourrait-elle occuper dans la sécurité européenne ? »

2001 : le discours de Poutine qui paraît venir d’un autre monde

Le 25 septembre 2001, Vladimir Poutine se présente devant le Bundestag allemand.

Nous sommes seulement quatorze jours après les attentats du 11 septembre aux États-Unis.

Et le discours qu’il prononce mérite aujourd’hui d’être relu.

Poutine parle en partie en allemand devant les parlementaires.

Il soutient l’intégration européenne et explique que la Russie l’observe avec espoir. Il présente son pays comme une nation européenne et défend l’idée d’une coopération beaucoup plus étroite entre la Russie et le reste du continent.

Il affirme même qu’une Europe forte aurait intérêt à associer ses capacités aux ressources humaines, territoriales, naturelles, économiques et culturelles de la Russie.

La formulation la plus frappante est peut-être celle-ci :

« La Russie est un pays européen ami. »

La phrase figure bien dans la transcription officielle du Bundestag.

Essayez simplement d’imaginer le même discours prononcé aujourd’hui.

C’est pratiquement impossible.

Pourtant, en septembre 2001, les députés allemands applaudissent longuement le président russe.

À la fin de son intervention, ils se lèvent.

Le 11 septembre rapproche Moscou et Washington

Les attentats du 11 septembre constituent également un moment important dans les relations entre la Russie et les États-Unis.

Poutine comprend rapidement qu’une lutte commune contre le terrorisme peut rapprocher Moscou de Washington.

La Russie apporte son soutien aux États-Unis dans leur opération contre les talibans en Afghanistan et accepte notamment une coopération occidentale avec plusieurs anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale.

Pendant quelque temps, une idée gagne du terrain : la Russie et les pays occidentaux pourraient désormais avoir davantage d’ennemis communs que de raisons de s’affronter.

Le terrorisme islamiste constitue alors l’une de ces préoccupations communes.

La Russie combat elle-même des mouvements islamistes dans le Caucase, tandis que les États-Unis viennent de subir les attentats les plus meurtriers de leur histoire.

Cela crée une convergence stratégique qui aurait été difficilement imaginable quelques années auparavant.

2002 : Russie et OTAN deviennent des « partenaires égaux »

Le rapprochement atteint probablement son symbole le plus spectaculaire le 28 mai 2002.

À Rome, les dirigeants des pays membres de l’OTAN et Vladimir Poutine créent le Conseil OTAN-Russie.

Le vocabulaire utilisé dans la déclaration officielle est remarquable.

Les pays de l’OTAN et la Russie doivent travailler comme « partenaires égaux » dans les domaines présentant un intérêt commun.

Le Conseil doit permettre la consultation, la recherche du consensus, la coopération, mais également des décisions et des actions communes.

Les domaines envisagés sont nombreux : lutte contre le terrorisme, gestion des crises, non-prolifération des armes de destruction massive, contrôle des armements, défense antimissile, coopération militaire et secours en mer.

L’OTAN parle alors officiellement d’une « nouvelle ère » dans la coopération avec la Russie.

Nous ne sommes pas en 1991 sous Boris Eltsine.

Nous sommes déjà sous Vladimir Poutine.

C’est essentiel pour comprendre la suite.

L’Union européenne se rapproche elle aussi de Moscou

Le rapprochement ne concerne pas uniquement l’OTAN.

En mai 2003, lors du sommet de Saint-Pétersbourg, l’Union européenne et la Russie décident de renforcer considérablement leur coopération.

Elles veulent construire quatre grands « espaces communs ».

Un espace économique commun doit rapprocher les économies et favoriser le commerce et les investissements.

Un autre doit concerner la liberté, la sécurité et la justice.

Un troisième doit développer la coopération en matière de sécurité extérieure.

Enfin, un quatrième doit rapprocher la Russie et l’Union européenne dans les domaines de la recherche, de l’éducation et de la culture.

En décembre 2003, le Conseil européen parle encore d’un « partenariat stratégique » avec la Russie fondé sur l’État de droit, la démocratie, les droits humains, les libertés fondamentales et l’économie de marché.

Encore une fois, il faut mesurer la distance qui nous sépare de cette époque.

L’Europe ne préparait pas une guerre contre la Russie.

Elle réfléchissait à la manière d’intégrer davantage la Russie dans son espace économique et politique.

Mais les premiers problèmes sont déjà là

Il serait cependant très trompeur de présenter les premières années de Poutine comme une magnifique lune de miel entre une Russie démocratique et l’Europe.

Les signes inquiétants existent déjà.

La deuxième guerre de Tchétchénie est extrêmement violente.

La liberté de la presse commence à reculer.

Le pouvoir politique reprend progressivement le contrôle de grands médias.

L’État russe se recentralise.

Les oligarques qui refusent de se soumettre au nouveau pouvoir découvrent rapidement que Vladimir Poutine n’entend pas gouverner comme Boris Eltsine.

Le futur système autoritaire russe commence donc déjà à se construire.

Mais parallèlement, Poutine cherche encore une coopération avec l’Europe.

Ces deux évolutions ne sont pas contradictoires.

Et c’est précisément ce qui rend cette période difficile à interpréter.

Poutine voulait-il vraiment rejoindre l’Occident ?

C’est probablement la question centrale.

Certains considèrent aujourd’hui que Vladimir Poutine n’a jamais réellement voulu intégrer la Russie à l’Occident et que son rapprochement des premières années relevait essentiellement du pragmatisme.

D’autres pensent au contraire qu’une véritable fenêtre d’opportunité a existé.

La réponse se situe peut-être entre les deux.

Poutine voulait certainement que la Russie soit reconnue comme une grande puissance.

Il ne souhaitait probablement pas que Moscou devienne simplement un pays parmi d’autres obéissant aux décisions prises à Washington ou Bruxelles.

Mais il semble également avoir considéré, au début de sa présidence, qu’une Russie puissante pouvait trouver sa place à l’intérieur d’une architecture européenne et occidentale beaucoup plus large.

Son discours au Bundestag de 2001 est difficile à ignorer.

Tout comme la création du Conseil OTAN-Russie l’année suivante.

Et si c’était précisément le moment dont parle Louis Michel ?

C’est ici que la déclaration de Louis Michel prend toute sa dimension historique.

Lorsqu’il affirme qu’il aurait fallu travailler à faire entrer la Russie dans l’Union européenne, il ne parle évidemment pas de proposer aujourd’hui une adhésion à Vladimir Poutine.

Il invite à regarder ce qui aurait pu être tenté il y a environ un quart de siècle.

Et entre 2000 et 2003, l’idée paraît déjà moins extravagante qu’elle ne le semble en 2026.

Une adhésion immédiate de la Russie à l’Union européenne aurait été pratiquement impossible.

Les problèmes démocratiques étaient déjà considérables.

Les différences économiques et institutionnelles étaient gigantesques.

Et l’entrée d’un pays de la taille de la Russie aurait complètement bouleversé l’équilibre de l’Union.

Mais fallait-il lui proposer une perspective ?

Fallait-il créer une véritable trajectoire d’intégration sur vingt ou trente ans ?

Fallait-il dire à Moscou :

« Si vous démocratisez réellement votre pays, respectez l’État de droit et acceptez les règles communes, votre avenir peut être européen » ?

Nous ne saurons jamais ce que cette stratégie aurait produit.

Mais l’histoire montre qu’au début des années 2000, une Russie coopérant étroitement avec l’Union européenne et l’OTAN n’était pas une fiction.

Elle existait déjà, au moins partiellement.

Et c’est justement ce qui rend ce qui va suivre beaucoup plus intéressant.

Car quelques années seulement après le discours applaudi de Poutine devant le Bundestag, le ton va changer.

La méfiance va grandir.

L’OTAN va continuer à s’élargir vers l’Est.

Plusieurs anciennes républiques ou satellites soviétiques vont regarder définitivement vers l’Occident.

Moscou va commencer à considérer certaines évolutions dans son ancien espace d’influence comme une menace directe.

Et Vladimir Poutine va progressivement tenir un discours très différent de celui de Berlin en 2001.

Dans le troisième épisode : quand la Russie et l’Europe commencent à prendre des chemins différents.

Saad van Nassouwe

Saad van Nassouwe
Article écrit le 24 août 2026

Saad van Nassouwe est un pseudonyme éditorial utilisé pour les contenus publiés sur belge.media.





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