Escargots, grenouilles… mais qui a eu l’idée de manger ça en premier ?
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Après la chute de l’URSS en 1991, la Russie se tourne vers l’Occident. Aurait-elle pu être progressivement intégrée à l’Europe ? Retour sur une occasion historique qui alimente encore le débat.
En 2026, une déclaration de l’ancien ministre belge des Affaires étrangères Louis Michel a de quoi surprendre lorsqu’on observe la situation actuelle en Ukraine et les relations exécrables entre Moscou et les capitales européennes.
Selon lui, l’Europe aurait dû essayer de faire entrer la Russie dans l’Union européenne.
Vue avec les yeux d’aujourd’hui, l’idée paraît presque irréaliste. La Russie de Vladimir Poutine est engagée dans une guerre contre l’Ukraine, les sanctions européennes se sont accumulées et Moscou présente régulièrement l’Occident comme son adversaire.
Mais pour comprendre ce que veut dire Louis Michel, il faut oublier quelques instants la Russie de 2026.
Il faut revenir 35 ans en arrière, au moment où un monde entier vient de disparaître.
Le 26 décembre 1991, l’Union des républiques socialistes soviétiques cesse officiellement d’exister.
L’URSS, qui avait été pendant près d’un demi-siècle l’un des deux géants de la planète, disparaît.
Avec elle semble également disparaître la division de l’Europe héritée de la Seconde Guerre mondiale.
Le mur de Berlin était déjà tombé en novembre 1989. L’Allemagne avait été réunifiée en 1990. Les anciens régimes communistes d’Europe centrale et orientale s’étaient effondrés les uns après les autres.
La guerre froide semblait terminée.
Et surtout, la Russie qui émerge des ruines de l’Union soviétique n’est pas encore celle que nous connaissons aujourd’hui.
Vladimir Poutine n’est pas au Kremlin.
Le président russe s’appelle Boris Eltsine.
La Russie des premières années 1990 cherche profondément sa voie.
Après plus de sept décennies de communisme, elle tente une transformation gigantesque : passage à l’économie de marché, privatisations, ouverture aux capitaux étrangers et construction de nouvelles institutions politiques.
Pour une partie des élites russes de l’époque, l’avenir semble être du côté occidental.
L’ennemi américain de la guerre froide devient un partenaire potentiel. Les Européens ne sont plus considérés de la même manière qu’à l’époque de l’affrontement entre l’OTAN et le Pacte de Varsovie.
Cela ne signifie évidemment pas que la Russie soit soudain devenue une démocratie occidentale parfaitement stable.
Loin de là.
La transition économique est extrêmement brutale. L’inflation détruit une partie de l’épargne de la population. Les privatisations permettent l’apparition d’une nouvelle classe d’oligarques. Les inégalités explosent et de nombreux Russes connaissent une chute spectaculaire de leur niveau de vie.
La démocratie russe elle-même reste fragile.
Mais quelque chose d’essentiel existe encore : la Russie ne considère pas nécessairement l’Europe occidentale comme son ennemie.
Il serait faux de prétendre que les Européens ont totalement rejeté la Russie.
Au contraire, des rapprochements importants vont avoir lieu.
En mai 1992, la Fédération de Russie demande officiellement son adhésion au Conseil de l’Europe. Elle en deviendra membre le 28 février 1996, malgré les inquiétudes déjà importantes concernant notamment la guerre en Tchétchénie et le respect des droits humains.
Cette adhésion est symboliquement considérable.
Le Conseil de l’Europe n’est pas l’Union européenne. Mais accueillir la Russie dans cette organisation fondée autour de la démocratie, de l’État de droit et des droits fondamentaux revenait à reconnaître qu’elle pouvait appartenir à un espace politique européen commun.
En parallèle, Moscou et l’Union européenne se rapprochent économiquement et politiquement.
Le 24 juin 1994, la Russie et les Communautés européennes signent à Corfou un accord de partenariat et de coopération. Il entrera en vigueur en décembre 1997 et établira un cadre durable de dialogue politique et de coopération entre les deux ensembles.
Nous sommes donc très loin de la situation actuelle.
La question n’est pas encore de savoir comment isoler la Russie.
La question est plutôt de savoir quelle place lui donner dans la nouvelle Europe née de la disparition du bloc soviétique.
C’est ici qu’il faut apporter une nuance importante à la déclaration de Louis Michel.
Dans les années 1990, la Russie se rapproche effectivement des institutions européennes. Mais une véritable adhésion à ce qui devient l’Union européenne en 1993 n’est pas engagée comme elle le sera pour les pays d’Europe centrale et orientale.
La différence est énorme.
La Pologne, la Hongrie, la République tchèque, les pays baltes et plusieurs autres anciennes nations communistes vont progressivement être intégrés au projet européen.
La Russie, elle, reste un partenaire extérieur.
Elle est immense, possède l’arme nucléaire, dispose de ressources énergétiques considérables et continue à se considérer comme une grande puissance disposant d’intérêts propres.
Son intégration aurait également posé une question fondamentale : une Russie de cette taille aurait profondément transformé l’équilibre politique de l’Union européenne.
Faire entrer la Russie n’aurait donc jamais été comparable à faire entrer la Slovénie ou l’Estonie.
Il faut également éviter de reconstruire cette période avec nostalgie.
La Russie d’Eltsine connaît des problèmes considérables.
En 1993, une crise constitutionnelle dégénère en affrontement armé à Moscou entre le président et le Parlement.
À partir de 1994 commence la première guerre de Tchétchénie.
Les accusations de corruption sont nombreuses, les oligarques acquièrent une influence gigantesque et la transformation économique provoque une véritable catastrophe sociale pour une partie de la population.
Même la procédure d’adhésion russe au Conseil de l’Europe est interrompue en février 1995 à cause du conflit tchétchène, avant de reprendre quelques mois plus tard.
Imaginer une Russie prête à rejoindre immédiatement l’Union européenne en 1992 serait donc historiquement très exagéré.
Mais ce n’est peut-être pas exactement la question.
C’est là que la réflexion de Louis Michel devient beaucoup plus intéressante.
L’Europe aurait-elle dû proposer à la Russie une perspective à très long terme ?
Pas nécessairement une adhésion immédiate.
Peut-être vingt ou trente années de rapprochement progressif, accompagnées de réformes économiques, judiciaires et démocratiques.
C’est précisément ce que l’Union européenne va réussir à faire avec plusieurs anciens pays communistes.
La perspective d’adhésion devient pour eux un puissant moteur de transformation.
Pour rejoindre l’Union, il faut modifier les lois, réformer les institutions, libéraliser l’économie et respecter progressivement les critères européens.
La Russie n’a jamais bénéficié d’une perspective comparable.
Elle obtient des partenariats.
Elle participe à des institutions européennes.
Elle commerce massivement avec l’Europe.
Mais elle reste à côté de l’Europe institutionnelle plutôt qu’à l’intérieur de sa construction politique.
Nous connaissons évidemment la suite de l’histoire.
Mais ceux qui vivaient en 1991 ne la connaissaient pas.
Ils ne savaient pas que Vladimir Poutine deviendrait président.
Ils ne savaient pas que la Russie et la Géorgie se feraient la guerre en 2008.
Ils ne savaient pas que la Russie annexerait la Crimée en 2014.
Et ils ne pouvaient évidemment pas connaître l’invasion à grande échelle de l’Ukraine déclenchée en février 2022.
C’est précisément ce qui rend cette période fascinante.
Pendant quelques années, plusieurs futurs étaient encore possibles.
L’un d’entre eux aurait-il pu conduire à une Russie beaucoup plus profondément intégrée à l’Europe ?
Impossible de l’affirmer.
L’Europe n’est certainement pas la seule responsable de la trajectoire prise par la Russie. Les décisions des dirigeants russes, les guerres en Tchétchénie, la corruption, les faiblesses institutionnelles et la manière dont une partie des élites russes envisageait la puissance de leur pays ont joué un rôle considérable.
Mais l’interrogation demeure légitime.
En 1991, l’Occident venait de gagner la guerre froide sans avoir à combattre directement l’Union soviétique.
Peut-être existait-il alors une deuxième victoire, beaucoup plus difficile à obtenir : transformer l’ancien adversaire en partenaire durable.
C’est cette possibilité que semble regretter aujourd’hui Louis Michel.
Et pour savoir si elle était réellement possible, il faut maintenant avancer de quelques années.
Car à la fin des années 1990, un homme encore largement inconnu en Europe va arriver au sommet du pouvoir russe.
Il s’appelle Vladimir Poutine.
Et contrairement à l’image que nous avons aujourd’hui de lui, ses premières années au Kremlin vont être marquées par une période étonnante de rapprochement avec l’Europe et même avec les États-Unis.
Dans le deuxième épisode : Poutine, l’Europe et l’Occident — les années où un rapprochement semblait encore possible.
Saad van Nassouwe est un pseudonyme éditorial utilisé pour les contenus publiés sur belge.media.
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