Décolonisation : quand l’aide occidentale s’installe en Afrique
Après les indépendances africaines, l’aide occidentale change de visage. Coopération, développement et ONG s’installent dans une Afrique sortie…
Pourquoi Léopold II voulait-il doter la Belgique d’un empire colonial ? Découvrez ses ambitions, le contexte du XIXe siècle et les origines de son intérêt pour le Congo.
Lorsque Léopold II devient le deuxième roi des Belges en 1865, il hérite d’un pays jeune mais déjà fortement industrialisé. Son père, Léopold Ier, avait consacré une grande partie de son règne à consolider l’indépendance de la Belgique. Son fils nourrit une ambition différente : il veut donner davantage de poids à ce petit royaume européen et considère que son avenir économique passe notamment par une présence au-delà de ses frontières.
Cette obsession ne commence d’ailleurs pas avec le Congo. Pendant des années, Léopold II cherche différentes possibilités à travers le monde. Pour comprendre cette volonté, il faut revenir dans l’Europe du XIXe siècle, à une époque où les empires coloniaux occupent une place considérable dans les rapports de puissance.
La Belgique de la seconde moitié du XIXe siècle possède une situation particulière. Son territoire est relativement petit, mais son industrie est particulièrement développée. Les charbonnages, la sidérurgie, les manufactures et le chemin de fer participent à une croissance économique impressionnante.
Autour d’elle se trouvent pourtant des puissances disposant de territoires immenses ou d’importants empires coloniaux. Le Royaume-Uni possède un empire mondial, la France développe ses possessions et les Pays-Bas contrôlent notamment les Indes néerlandaises.
Léopold II observe cette situation avec attention. Pour lui, les frontières limitées de la Belgique risquent de freiner son développement à long terme. Il estime qu’une présence outre-mer pourrait offrir de nouveaux débouchés commerciaux, des ressources et davantage d’influence internationale.
L’intérêt de Léopold II pour l’expansion outre-mer apparaît avant même qu’il ne devienne roi. Encore prince héritier, il voyage et étudie différents modèles coloniaux.
Il s’intéresse notamment à l’Asie et observe la manière dont certaines puissances européennes utilisent leurs possessions pour développer leur commerce. Son idée est alors beaucoup plus large que le Congo : il cherche avant tout un territoire susceptible de servir ses ambitions économiques et internationales.
Plusieurs régions du monde attirent son attention au fil des années. Aucun de ces projets ne se concrétise véritablement. Mais une conviction s’installe progressivement chez lui : selon Léopold II, la Belgique doit regarder au-delà de l’Europe si elle veut conserver une place importante parmi les nations industrielles.
L’un des éléments essentiels pour comprendre la suite de l’histoire est que les ambitions de Léopold II ne sont pas immédiatement celles de la Belgique.
Une partie importante du monde politique belge se montre réticente à l’idée d’une aventure coloniale. Administrer un territoire lointain représente des dépenses considérables et comporte des risques militaires, diplomatiques et financiers.
La Belgique connaît déjà une forte croissance grâce à son industrie et à ses échanges commerciaux. Pour de nombreux responsables politiques, rien ne justifie de consacrer d’importantes ressources publiques à la création d’un empire colonial.
Léopold II se retrouve donc confronté à un problème : il veut acquérir un territoire outre-mer, mais il ne parvient pas à convaincre son propre pays de se lancer dans cette aventure.
Cette opposition jouera un rôle déterminant dans la manière dont il abordera plus tard le Congo.
Durant les dernières décennies du XIXe siècle, l’Afrique devient l’objet d’une compétition croissante entre les puissances européennes. Des explorateurs parcourent l’intérieur du continent tandis que gouvernements, sociétés commerciales et organisations diverses cherchent à établir leur influence sur de nouveaux territoires.
L’immense bassin du Congo attire progressivement l’attention. La région possède un gigantesque réseau fluvial et des ressources qui suscitent les intérêts économiques européens.
Léopold II comprend alors qu’une occasion exceptionnelle pourrait se présenter.
Mais puisqu’il ne dispose pas du soutien nécessaire pour lancer directement la Belgique dans une conquête coloniale, il va employer une méthode différente.
À partir des années 1870, Léopold II organise et soutient différentes initiatives consacrées à l’exploration de l’Afrique centrale. En 1876, il réunit à Bruxelles une conférence géographique internationale.
Officiellement, les objectifs affichés concernent notamment l’exploration scientifique, l’ouverture de l’Afrique centrale et la lutte contre la traite esclavagiste qui existe encore dans plusieurs régions du continent.
Derrière cette dimension internationale et humanitaire se trouve également l’ambition personnelle du souverain. Léopold II cherche progressivement à établir une présence durable en Afrique centrale.
Pour y parvenir, il va notamment s’appuyer sur l’explorateur Henry Morton Stanley, dont les expéditions permettront d’établir des postes et de conclure de nombreux accords avec des dirigeants locaux dans le bassin du Congo.
Le projet prend alors une dimension considérable.
C’est ici qu’apparaît une distinction essentielle pour comprendre l’histoire qui suivra.
Léopold II poursuit son projet alors que l’État belge reste largement en retrait. Le futur territoire congolais ne sera donc pas, à son origine, une colonie appartenant à la Belgique.
Le roi va chercher à faire reconnaître internationalement une structure placée sous son contrôle personnel. Cette stratégie aboutira en 1885 à la création de l’État indépendant du Congo, dont Léopold II deviendra le souverain.
Pendant plus de vingt ans, le Congo et la Belgique auront ainsi une relation beaucoup plus particulière que celle que l’expression « Congo belge » peut laisser imaginer aujourd’hui.
Ce n’est qu’en 1908 que la Belgique reprendra officiellement l’administration du territoire.
Avant d’en arriver là, Léopold II devra cependant réussir quelque chose d’extraordinaire : convaincre les grandes puissances européennes de reconnaître son autorité sur un territoire africain immense, alors même qu’il agit essentiellement en son nom propre.
Saad van Nassouwe est un pseudonyme éditorial utilisé pour les contenus publiés sur belge.media.
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