Décolonisation : quand l’aide occidentale s’installe en Afrique
Après les indépendances africaines, l’aide occidentale change de visage. Coopération, développement et ONG s’installent dans une Afrique sortie…
Nés en Égypte en 1928, les Frères musulmans sont à l’origine de l’islamisme moderne. De la création d’Israël en 1948 au FIS algérien, leur idéologie a nourri jihad et radicalisation.
Fondés en Égypte en 1928, les Frères musulmans apparaissent comme une organisation religieuse et sociale, mais leur influence dépasse largement ce cadre. Souvent présentés comme un mouvement de réforme spirituelle, ils sont aussi accusés d’être la matrice de l’islamisme moderne et de ses dérives les plus radicales. Leur histoire prend une tournure décisive après la création de l’État d’Israël en 1948, événement qui a brisé leur rêve de califat et nourri une haine idéologique durable.
En 1924, l’Empire ottoman s’effondre et le califat est aboli par Mustafa Kemal Atatürk. Dans ce contexte de vide religieux et de domination coloniale occidentale, Hassan al-Banna, jeune instituteur égyptien, fonde en 1928 l’association des Frères musulmans à Ismaïlia, ville marquée par la présence britannique.
Son objectif est clair : replacer l’islam au centre de la vie publique et privée. Pour lui, l’islam n’est pas seulement une foi, mais un système complet de gouvernance, de justice et de société.
Dès les années 1930, les Frères musulmans connaissent une croissance fulgurante. Ils ouvrent des écoles, des dispensaires, des associations caritatives et construisent des mosquées. En se présentant comme une alternative aux structures coloniales et à l’élite égyptienne laïcisée, ils gagnent rapidement le soutien populaire.
Mais derrière cette façade sociale, l’organisation développe une branche secrète militarisée : al-Nizam al-Khass, responsable d’attentats et d’assassinats politiques, notamment dans les années 1940.
Durant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs figures islamistes voient dans l’Allemagne nazie un allié potentiel contre les puissances coloniales britanniques et françaises. Le grand mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini, devient l’interlocuteur privilégié du régime hitlérien.
S’il n’y eut jamais d’alliance officielle, une convergence idéologique s’installe :
Cette influence a durablement marqué le discours islamiste, en liant le rejet de l’Occident à l’hostilité envers le peuple juif.
La création de l’État d’Israël en 1948 est un séisme idéologique pour les Frères musulmans et le monde arabe.
Dès lors, Israël devient plus qu’un adversaire : un obstacle existentiel qui empêche la réalisation du projet islamiste global. L’idéologie du jihad contre Israël prend racine à ce moment précis.
Après l’assassinat du Premier ministre égyptien en 1948 par un membre de l’organisation, le gouvernement interdit les Frères musulmans. Hassan al-Banna est lui-même assassiné en 1949.
Sous le régime de Nasser (années 1950-60), la répression s’intensifie : arrestations massives, tortures, exils. C’est dans les prisons égyptiennes que Sayyid Qutb, idéologue majeur du mouvement, développe une doctrine radicale : le monde musulman est tombé dans la jahiliya (ignorance préislamique), et seul le jihad peut ramener la société à l’islam véritable. Ses écrits influenceront plus tard Al-Qaïda et Daech.
En Algérie, l’indépendance est arrachée en 1962 après une guerre sanglante menée par le FLN (Front de Libération Nationale). Le pays adopte un modèle laïc et socialiste, inspiré par le nationalisme arabe. Officiellement, il n’est pas question des Frères musulmans, mais l’islam est instrumentalisé comme identité nationale.
À partir des années 1980, la crise économique et sociale ouvre la porte à l’islam politique. Inspirés par les Frères musulmans, des prédicateurs et associations religieuses gagnent du terrain. En 1989, naît le FIS (Front Islamique du Salut), directement influencé par l’idéologie des Frères musulmans.
Le FIS remporte les élections locales, puis législatives en 1991. Mais l’armée annule le processus électoral, provoquant la guerre civile algérienne (1991-2002).
Cet épisode démontre combien l’idéologie des Frères musulmans, adaptée au contexte algérien, pouvait devenir une force politique, puis une matrice de violence.
Malgré les répressions, les Frères musulmans ont survécu et essaimé dans de nombreux pays :
Leur idéologie reste la même : construire une société gouvernée par la charia, en commençant par des actions sociales et culturelles, avant la conquête politique. Mais Israël demeure au cœur de leur discours comme symbole de l’ennemi à abattre avant de réaliser le rêve du califat.
Les Frères musulmans se présentent comme un mouvement religieux et social, mais leur rôle dans l’histoire moderne révèle une autre facette : ils sont à la source de l’islamisme politique contemporain.
La création d’Israël en 1948 a marqué un tournant. Non seulement elle a brisé l’illusion d’un califat immédiat, mais elle a aussi donné aux islamistes un ennemi commun et durable autour duquel fédérer leurs partisans. L’exemple de l’Algérie, où leur idéologie a nourri une guerre civile, illustre leur puissance de déstabilisation. Depuis lors, la haine contre Israël et le rêve du califat sont indissociables de leur idéologie.
Saad van Nassouwe est un pseudonyme éditorial utilisé pour les contenus publiés sur belge.media.
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