Pourquoi l’Afrique n’a-t-elle pas connu le même développement que l’Europe ?
Pourquoi l'Europe a-t-elle connu la révolution industrielle alors que la majeure partie de l'Afrique est restée moins développée…
Bien avant la traite atlantique et parfois longtemps après son abolition, des millions d'Africains furent déportés vers le monde arabe. Une page méconnue de l'histoire de l'esclavage.
Lorsque l’on parle de traite négrière, les discussions se concentrent presque toujours sur les puissances européennes et le commerce transatlantique. Cette focalisation est compréhensible tant l’ampleur de ce système a marqué l’histoire moderne. Pourtant, il existe une autre réalité historique beaucoup moins connue du grand public : la traite négrière arabe.
Pendant plus d’un millénaire, des hommes, des femmes et des enfants africains furent capturés, vendus et déportés vers l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient, la péninsule arabique et certaines régions d’Asie. Cette histoire reste aujourd’hui largement méconnue en Europe, alors qu’elle a profondément marqué de nombreuses régions du continent africain.
La traite arabe débute plusieurs siècles avant l’arrivée des Européens sur les côtes africaines.
À partir du VIIe siècle, avec l’expansion des empires musulmans, de nouvelles routes commerciales se développent entre l’Afrique subsaharienne, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Des caravanes traversent le Sahara tandis que d’autres réseaux empruntent les côtes de l’océan Indien.
Au fil des siècles, ces échanges prennent une ampleur considérable. Des captifs sont acheminés vers les marchés du Caire, de Tunis, de Tripoli, de Bagdad, de Damas ou encore de La Mecque.
Contrairement à une idée reçue, cette traite ne fut pas un phénomène marginal. Elle s’est étendue sur une période beaucoup plus longue que la traite transatlantique.
La majorité des captifs provenaient d’Afrique subsaharienne.
Ils étaient capturés lors de guerres, de razzias ou vendus par des intermédiaires locaux. Comme dans le cas de la traite atlantique, des chefs africains participaient parfois à ce commerce en échange de marchandises, d’armes ou d’avantages politiques.
Les esclaves étaient employés dans des domaines très variés. Certains travaillaient dans les exploitations agricoles ou les mines. D’autres devenaient domestiques, soldats, gardiens ou concubines.
La diversité des situations rend difficile toute comparaison simple avec la traite transatlantique. Les deux systèmes présentaient des différences importantes tout en reposant sur le même principe fondamental : la réduction d’êtres humains au statut de marchandises.
Plusieurs raisons expliquent cette relative discrétion.
D’abord, la mémoire collective européenne est naturellement davantage marquée par les crimes commis par les puissances occidentales. Les archives, les témoignages et les débats politiques se sont principalement concentrés sur cette partie de l’histoire.
Ensuite, la traite arabe n’a pas laissé la même descendance visible dans certaines régions du monde. Dans de nombreux cas, les esclaves étaient assimilés progressivement aux populations locales ou soumis à des pratiques qui limitaient fortement leur descendance.
Enfin, le sujet reste parfois sensible dans certaines régions du monde arabe où cette histoire est moins étudiée ou moins présente dans les programmes scolaires.
L’existence de la traite arabe ne diminue en rien la gravité de la traite atlantique. Les deux réalités ont coexisté pendant plusieurs siècles.
Cependant, elle rappelle que l’esclavage n’a jamais été l’exclusivité d’une civilisation, d’une religion ou d’un continent. Des sociétés chrétiennes, musulmanes, africaines, asiatiques ou européennes ont pratiqué l’esclavage à différentes périodes de l’histoire.
Cette réalité dérange souvent les récits idéologiques qui cherchent à présenter un groupe comme seul responsable de l’ensemble du phénomène.
L’histoire est plus complexe. Elle montre que l’exploitation de l’homme par l’homme a existé sous de nombreuses formes et dans de nombreuses cultures.
L’étude de la traite négrière arabe ne doit pas servir à relativiser d’autres formes d’esclavage ni à établir une concurrence entre les souffrances.
Elle permet simplement de mieux comprendre l’histoire globale de l’esclavage.
Pendant des siècles, des réseaux commerciaux ont relié l’Afrique à l’Europe, au monde arabe et à l’Asie. Des millions de personnes ont été déplacées contre leur volonté dans des systèmes économiques qui considéraient l’être humain comme une marchandise.
Comprendre cette réalité dans son ensemble permet de dépasser les slogans contemporains et de retrouver une vision plus complète de l’histoire. Car pour comprendre le présent, encore faut-il connaître toutes les facettes du passé.
Saad van Nassouwe est un pseudonyme éditorial utilisé pour les contenus publiés sur belge.media.