Vlad l’Empaleur : le véritable Dracula qui défia l’Empire ottoman
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Pourquoi des Latino-Américains portent-ils les prénoms Hitler, Mussolini, Staline ou Lénine ? Une histoire de politique, de modes et de choix familiaux.
Au Pérou, un candidat nommé Hitler Mussolini est arrivé en tête d’une élection municipale. L’annonce surprend en Europe. Elle invite surtout à explorer une histoire plus ancienne : celle des personnages célèbres dont les noms deviennent des prénoms, entre convictions politiques, modes et choix familiaux.
Le 4 octobre 2026, à Queropalca, dans les Andes péruviennes, Hitler Mussolini Simeón Flores a obtenu 229 voix, soit 34,54 % des suffrages valides. Candidat d’Ahora Nación, il devançait son concurrent le plus proche de 25 voix. Dans son compte rendu du 9 octobre, La República indiquait que le dépouillement était achevé, mais que la proclamation officielle restait attendue.
Le nom attire l’attention. Les raisons du choix parental restent inconnues.
En juillet 2023, le Reniec, l’organisme national d’identification et d’état civil du Pérou, a communiqué à La República le chiffre d’au moins 3 943 personnes prénommées Hitler. Une donnée datée, qui confirme la réalité du phénomène sans expliquer les motivations des familles concernées.
En septembre 2018, un autre élu péruvien, Hitler Guesclin Alba Sánchez, expliquait à la radio RPP que son père avait probablement apprécié la sonorité étrangère du nom, sans bien connaître l’histoire du dictateur. Il racontait avoir envisagé de changer de prénom, puis y avoir renoncé par attachement à ce choix paternel. Son témoignage renseigne sur son histoire personnelle ; il ne vaut pas explication pour tous les autres.
Au Brésil, Folha de S.Paulo présentait dès 1996 un responsable policier de Goiás nommé Hitler Mussoline Domingues Pacheco, alors âgé de 61 ans. L’orthographe « Mussoline » est celle du journal. Le rapprochement des deux noms avait donc déjà une histoire bien avant les récents titres de presse péruviens.
Dans son étude sur Santiago du Chili, publiée en 2010, Alfonso Salgado Muñoz relève un Carlos Marx enregistré en 1898. En 1918 apparaît Lenine Kerensky Hidalgo ; en 1921, son père le fait renommer Lenine Trotsky Hidalgo Díaz. Ces cas viennent d’actes d’état civil identifiés. Ils attestent une pratique locale ancienne, sans désigner son origine pour tout le continent.
Lenín Moreno, président de l’Équateur de 2017 à 2021, fournit un exemple documenté. Dans un portrait publié par l’AFP, il expliquait que son père, socialiste, admirait Lénine et que sa mère, libérale, appréciait Voltaire. Son nom complet est ainsi Lenín Boltaire Moreno Garcés : selon le même reportage, une erreur d’enregistrement aurait transformé Voltaire en Boltaire.
Au Brésil, le chanteur Lenine évoquait lui aussi, dans un entretien accordé à Folha en 1999, le prénom reçu de son père communiste. Dans ces deux familles, la référence était connue et revendiquée : l’idée d’un choix fondé sur l’ignorance ne convient pas.
Un prénom reçu dans l’enfance ne fixe cependant pas une trajectoire politique. Au Venezuela, l’agence IPS décrivait en 2007 Stalin González, dirigeant étudiant engagé dans une mobilisation de l’opposition. Le nom de Staline n’avait pas décidé à sa place de ses engagements.
Dans un article publié en 2018, le chercheur Marcelino Rojas Salazar décrit la diversité des prénoms péruviens : références familiales et religieuses, mais aussi télévision, musique, cinéma, sport et personnalités publiques. L’histoire politique s’insère dans cet ensemble de modèles. Ce travail descriptif ne permet toutefois pas de mesurer ce qui pousse spécifiquement des parents à choisir Hitler ou Mussolini.
Interrogé par El País, le sociologue Sinesio López avance la piste d’une admiration pour l’autorité associée à ces personnages. Cette interprétation doit être distinguée des motivations familiales directement attestées.
On peut donc rencontrer des mécanismes différents sous une même apparence : transmettre une conviction, honorer une célébrité, apprécier une sonorité ou conserver un nom chargé d’une histoire familiale. Les exemples documentés invitent à examiner chaque cas. Ils ne dessinent pas une tradition uniforme partagée par toute l’Amérique latine.
Pour relier un prénom à une origine immigrée, il faudrait disposer d’une histoire familiale précise. Aucun élément consulté ne permet d’établir ce lien pour Simeón Flores.
Les personnages et leurs idées circulaient aussi par les journaux et les livres. Le Musée de l’Holocauste de Curitiba documente ainsi une édition brésilienne de Mein Kampf en portugais, sous le titre Minha Luta, en 1934. Cette circulation précédait l’arrivée de fugitifs nazis après 1945. Elle fournit un contexte historique ; elle ne prouve pas pourquoi une famille particulière a choisi un prénom.
En Belgique, le nazisme appartient à l’histoire de l’occupation, des persécutions et des déportations. À Malines, Kazerne Dossin entretient précisément la mémoire des personnes déportées depuis la caserne. Le nom Hitler renvoie ainsi à une histoire inscrite dans des lieux et des familles du pays.
Cette proximité peut contribuer à expliquer la réaction d’un lecteur belge. Elle ne permet pas de conclure que les habitants d’Amérique latine ignoreraient cette histoire ou accueilleraient partout ces prénoms avec indifférence.
Dans un reportage publié en 2020 par Metrópoles, des Brésiliens prénommés Hitler racontent des moqueries et des difficultés liées à leur nom. L’un d’eux, Hitler Luiz Marguesani, rapporte également que son père admirait ce qu’il considérait comme l’intelligence du dictateur. Son récit illustre une admiration sélective, dont la portée reste celle d’un témoignage familial.
Ces réactions rappellent que le nom peut rester encombrant même loin de l’Europe. Quant aux personnages auxquels il renvoie, leurs histoires et leurs héritages politiques restent différents.
Au Brésil, l’article 55 de la loi sur les registres publics prévoit le refus des prénoms susceptibles d’exposer leur porteur au ridicule. Si les parents contestent ce refus, le cas est soumis au juge.
Au Pérou, une disposition interdisant notamment les prénoms exprimant des tendances politiques ou philosophiques a été abrogée en 1998. La citer aujourd’hui comme une interdiction en vigueur conduirait à une erreur. Cette abrogation ne suffit pas, à elle seule, à définir toutes les limites du droit actuel.
En Équateur, la protection de la dignité coexiste avec le respect des traditions culturelles. Dans une décision publiée en 2025, la Cour constitutionnelle rappelle qu’un prénom autochtone ne peut être remplacé de force par un prénom espagnol au motif qu’il serait difficile à prononcer ou à écrire.
La Belgique connaît également une liberté encadrée : l’officier de l’état civil peut refuser un prénom s’il crée une confusion, nuit à l’enfant ou porte préjudice à des tiers. Le débat porte donc aussi sur la personne qui devra vivre avec le choix effectué pour elle.
À Queropalca comme ailleurs, un prénom peut raconter les lectures, les admirations ou les aspirations d’une génération précédente. Il accompagne ensuite une personne dont les idées et la vie restent à connaître. Les résultats d’une élection ne donnent pas la réponse à l’histoire de son acte de naissance.
L’histoire réserve enfin un détour savoureux : Benito Mussolini lui-même avait reçu un prénom inspiré du Mexique. Son père, Alessandro, militant socialiste, l’avait nommé Benito en hommage à Benito Juárez. Le fait est rapporté par l’historien Emilio Gentile dans le Dizionario Biografico degli Italiani.
Avant que le nom Mussolini ne traverse l’Atlantique pour devenir un prénom, le futur dictateur italien portait donc déjà un hommage venu d’Amérique. Les voyages de l’histoire passent parfois par le guichet de l’état civil.
Saad van Nassouwe est un pseudonyme éditorial utilisé pour les contenus publiés sur belge.media.
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