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La “tache de prière”, appelée zabiba, est devenue un signe de piété visible chez certains élus musulmans. Signe spirituel pour les uns, outil de communication pour d’autres, elle interroge la neutralité du pouvoir en Europe.
On la remarque parfois sur le front de certains responsables politiques musulmans : une petite marque brune, la zabiba, formée par la répétition des prosternations au sol lors de la prière.
Traditionnellement, ce signe est interprété dans le monde musulman comme la trace d’une foi fervente.
Mais en Europe, où la discrétion religieuse reste la norme dans la sphère politique, sa visibilité interroge.
D’un point de vue religieux, cette marque n’a rien d’artificiel : elle naît naturellement de la pratique assidue de la prière.
Mais le choix de ne pas la dissimuler relève d’une décision personnelle.
Certains élus la portent sans arrière-pensée, d’autres y voient un signe identitaire, voire un repère électoral.
Dans des quartiers ou des villes à forte population musulmane, ce détail visuel peut devenir un outil implicite de proximité communautaire.
Sans slogan ni discours religieux, il rappelle aux électeurs pratiquants : “lui est l’un des nôtres”.
C’est là que la symbolique spirituelle peut glisser vers une instrumentalisation politique.
En Belgique comme en France, aucune loi n’interdit à un élu d’afficher sa foi.
Les représentants politiques ne sont pas tenus à la neutralité absolue : ils incarnent leurs électeurs et peuvent exprimer leurs convictions, tant qu’ils respectent les règles de l’État.
Cependant, la neutralité des institutions reste un pilier.
Les élus doivent veiller à ce que leurs symboles personnels — religieux, culturels ou autres — ne deviennent pas des arguments électoraux.
Car la frontière entre authenticité et signal politique peut vite se brouiller.
La visibilité croissante du religieux dans la sphère politique traduit une Europe en transformation :
plus diverse, plus expressive, mais aussi plus fragmentée.
Les citoyens veulent des représentants qui leur ressemblent — et certains élus l’ont bien compris.
Le défi, pour les démocraties, est de permettre cette représentation sans céder à la segmentation communautaire.
La zabiba n’est ni un signe à condamner ni un symbole à glorifier.
Elle pose simplement une question essentielle :
La foi, lorsqu’elle devient visible en politique, relève-t-elle encore de la conviction personnelle, ou devient-elle un levier d’influence ?
Dans un État neutre et pluraliste, la réponse ne se trouve pas sur le front des élus, mais dans la manière dont ils gouvernent — pour tous, et non pour une communauté.
Saad van Nassouwe est un pseudonyme éditorial utilisé pour les contenus publiés sur belge.media.
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