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Ridouane Chahid, député socialiste à Bruxelles, symbolise l’évolution du PS vers un électorat plus religieux et communautaire. Entre laïcité, diversité et ferveur pro-palestinienne, le parti semble redéfinir son identité historique.
Le Parti socialiste belge fut longtemps le bastion de la laïcité et du mouvement ouvrier. Né de la lutte contre l’emprise de l’Église catholique, il défendait l’idée d’un État neutre, où les convictions religieuses restaient dans la sphère privée.
Mais ce modèle, bâti sur la société industrielle du XXᵉ siècle, s’essouffle.
L’électorat ouvrier s’est effrité, les bastions syndicaux se sont vidés, et le PS a trouvé une nouvelle base dans les quartiers urbains à forte population d’origine maghrébine.
Cette transformation a redéfini le parti : il est toujours socialiste dans le discours, mais plus communautaire dans sa sociologie, plus marqué par la diversité, et souvent plus sensible aux questions liées à la religion.
Parmi ces nouveaux visages figure Ridouane Chahid, député bruxellois, ancien échevin d’Evere et aujourd’hui figure respectée du PS.
Travailleur, mesuré et sans scandale à son actif, il incarne une génération d’élus issus de l’immigration maghrébine, parfaitement intégrés au système politique belge.
Il revendique sa foi musulmane sans complexe et affirme que cela ne remet pas en cause son attachement aux valeurs démocratiques.
Son parcours personnel — et notamment sa pratique religieuse assumée — illustre un changement d’époque : le socialisme n’exige plus de cacher sa foi, même dans un parti historiquement laïque.
Cela ne fait pas de Chahid un militant religieux, mais un symbole d’un PS qui s’adapte à la société telle qu’elle est devenue.
À Bruxelles, la réalité électorale est claire : dans plusieurs communes, une large part de l’électorat est issue de familles musulmanes.
Cette population, longtemps délaissée, est aujourd’hui courtisée par les grands partis.
Et c’est le PS, plus que les autres, qui a su capter cet électorat en lui offrant une représentation politique directe.
Ce rapprochement a cependant modifié le ton du parti.
Les positions sur certaines questions sensibles — port du voile, mixité, religion à l’école — sont désormais abordées avec plus de prudence.
Et dans le débat public, la cause palestinienne est devenue un marqueur fort du discours socialiste, parfois au risque de brouiller la frontière entre compassion humanitaire et stratégie électorale.
Le soutien du PS à la Palestine n’est pas nouveau, mais il a pris un tournant plus visible depuis la guerre à Gaza.
De nombreux élus socialistes bruxellois, dont certains d’origine arabe ou musulmane, participent aux marches et affichent leur solidarité sans détour.
Le message se veut humaniste, mais il est aussi profondément identitaire dans un électorat où la question palestinienne résonne comme une cause personnelle.
Ridouane Chahid, lui, reste prudent dans sa communication. Il n’emploie pas un langage militant, mais son image publique s’inscrit dans ce climat général : celui d’un socialisme bruxellois qui épouse les émotions d’une partie de sa base électorale.
Ce changement culturel au sein du PS ne passe pas inaperçu.
Les anciens militants laïcs regrettent une époque où le parti affirmait clairement la neutralité de l’État face à toute religion.
Aujourd’hui, la foi est visible, assumée, parfois mise en avant, sans que cela choque.
Le socialisme, jadis anticlérical, semble s’être accommodé de la religion — à condition qu’elle soit “progressiste” et compatible avec les causes de gauche.
Cette évolution traduit moins une trahison qu’une adaptation : la Belgique de 2025 n’est plus celle de 1975.
Mais elle pose une question fondamentale : un parti peut-il rester laïque quand sa base électorale ne l’est plus ?
Ridouane Chahid ne cherche pas à islamiser le PS, ni à le détourner de ses principes.
Mais sa réussite politique témoigne d’une tendance de fond : le socialisme francophone s’est déplacé vers une gauche urbaine, multiculturelle et émotionnelle, où la religion n’est plus un tabou, et où la cause palestinienne est devenue le nouveau drapeau du progressisme.
Le PS y gagne en proximité avec ses électeurs, mais il y perd une part de son identité historique.
Car à force de vouloir parler à tout le monde, il risque d’oublier ce qu’il est.
L’évolution visible de Ridouane Chahid illustre un phénomène courant au sein des communautés issues de l’immigration : une pratique religieuse plus souple à la jeunesse, puis plus marquée avec le temps.
Chez certains élus, cette réaffirmation de la foi coïncide avec une volonté d’assumer publiquement leurs origines et leurs convictions, là où les générations précédentes cherchaient surtout à se fondre dans la neutralité.
Ce mouvement, souvent perçu comme une “reconnexion identitaire”, accompagne la transformation du PS bruxellois vers un parti plus diversifié culturellement et religieusement.
Saad van Nassouwe est un pseudonyme éditorial utilisé pour les contenus publiés sur belge.media.
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