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L’enseignement doit former des citoyens, pas des militants

Les récentes grèves dans l’enseignement à Bruxelles relancent une question sensible : l’école forme-t-elle encore des citoyens capables de réfléchir par eux-mêmes ou encourage-t-elle une forme de militantisme ?

L’école forme-t-elle encore des citoyens ou des militants ?

Des grèves qui dépassent le simple cadre de l’enseignement

Les récentes grèves dans l’enseignement francophone ont provoqué de nombreuses réactions. Officiellement, les syndicats dénoncent plusieurs réformes touchant au statut des enseignants, à l’organisation du travail et aux conditions d’exercice du métier. Parmi les mesures les plus médiatisées figure l’augmentation de la charge de cours de certains enseignants, qui passerait de 20 à 22 périodes hebdomadaires.

Pour les syndicats, il ne s’agit pas simplement de deux heures supplémentaires, mais d’un changement plus profond qui pourrait avoir des conséquences sur l’ensemble du système éducatif.

Pour une partie de la population, la question est perçue différemment. Beaucoup peinent à comprendre pourquoi une telle mobilisation est organisée alors que de nombreux salariés du secteur privé travaillent déjà bien davantage chaque semaine.

Quand les élèves rejoignent les manifestations

Ce qui a particulièrement marqué les observateurs ces dernières semaines, c’est la présence d’élèves dans certaines manifestations liées au mouvement enseignant.

Bien entendu, les jeunes ont le droit d’avoir une opinion sur l’école, sur leur avenir ou sur les décisions politiques qui les concernent directement. Personne ne remet cela en cause.

Mais lorsque des élèves participent à des actions organisées autour de revendications syndicales, une question légitime apparaît : où se situe la frontière entre l’éducation citoyenne et l’engagement militant ?

L’école doit-elle simplement apprendre aux jeunes à comprendre le fonctionnement de la démocratie ou doit-elle également les encourager à prendre part à certains combats politiques ou syndicaux ?

L’esprit critique ou l’adhésion à une cause ?

L’une des missions fondamentales de l’enseignement est de développer l’esprit critique.

Un enseignant doit permettre à ses élèves d’analyser des faits, de confronter des opinions différentes et de construire leur propre réflexion. C’est précisément ce qui distingue l’éducation de l’endoctrinement.

Le problème apparaît lorsque certaines positions semblent être présentées comme des évidences incontestables. Qu’il s’agisse de questions sociales, économiques, environnementales ou syndicales, le risque existe toujours de transformer une salle de classe en caisse de résonance d’un combat idéologique.

Les parents sont alors en droit de se demander si leurs enfants apprennent à réfléchir ou s’ils apprennent progressivement ce qu’il convient de penser.

Former les travailleurs de demain

L’école a également une autre mission : préparer les générations futures à entrer dans la vie active.

Les futurs ingénieurs, techniciens, infirmiers, entrepreneurs, artisans, chercheurs ou enseignants eux-mêmes sont aujourd’hui assis sur les bancs des écoles.

Dans une société confrontée à des défis économiques majeurs, à la concurrence internationale et à l’évolution rapide des technologies, certains s’interrogent sur le message envoyé aux jeunes lorsque les conflits sociaux occupent davantage l’espace médiatique que les résultats scolaires ou la transmission des connaissances.

L’objectif de l’enseignement est-il de préparer les élèves à participer à des mouvements de contestation ou de leur transmettre les compétences qui leur permettront de construire leur avenir professionnel ?

Une question qui dépasse largement Bruxelles

Le débat ne concerne pas uniquement les réformes actuelles ni même le monde de l’enseignement.

Il pose une question plus profonde sur l’évolution de nos sociétés occidentales : l’école doit-elle rester un lieu de transmission des savoirs ou devenir un acteur engagé dans les grands débats idéologiques du moment ?

Certains estiment qu’il est impossible de séparer totalement l’éducation de l’engagement citoyen. D’autres considèrent que l’école doit avant tout transmettre des connaissances et laisser aux familles ainsi qu’aux élèves le soin de se forger leurs propres convictions.

Une réflexion nécessaire

Au fond, la véritable question n’est peut-être pas de savoir si les enseignants ont raison ou tort de faire grève.

La question est plutôt de savoir quel type de société nous souhaitons construire.

Une école qui apprend aux élèves à réfléchir librement, à confronter des idées contradictoires et à exercer leur esprit critique est indispensable à toute démocratie.

Mais cette mission devient plus délicate lorsque les frontières entre enseignement, militantisme et engagement politique paraissent de plus en plus floues.

Car une démocratie a besoin de citoyens éclairés. Elle a aussi besoin de citoyens capables de penser par eux-mêmes, y compris lorsqu’ils ne sont pas d’accord avec leurs professeurs.

Saad van Nassouwe

Article écrit par Saad van Nassouwe


Saad van Nassouwe est un pseudonyme éditorial utilisé pour les contenus publiés sur belge.media.











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