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À l’ère des réseaux sociaux, les jeunes militants ressemblent parfois moins à des citoyens engagés qu’à des influenceurs de parti. Entre mise en scène, radicalité et guerre de visibilité, que reste-t-il du débat démocratique ?
On a longtemps pensé que les jeunes engagés en politique cherchaient à changer le monde. Aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, beaucoup ressemblent davantage à des micro-influenceurs qu’à de véritables acteurs démocratiques. Ils parlent comme des porte-parole, réagissent comme des community managers, et construisent leur identité autour d’un parti plutôt qu’autour d’idées.
L’objectif n’est plus le débat : c’est la visibilité.
Sur X, TikTok ou Instagram, les jeunes militants des grands partis — PS, PTB, Écolo, MR, DéFI — adoptent exactement les mêmes codes que les influenceurs classiques :
Ce n’est plus un engagement : c’est une mise en scène permanente.
Beaucoup ne débattent plus. Ils monologuent.
Ils n’informent plus. Ils orientent.
Ils ne dialoguent plus. Ils attaquent.
Dans les universités, dans la rue, sur les réseaux sociaux, certains jeunes militants reproduisent sans recul la ligne dure de leur parti. Le militantisme devient une extension de la communication politique plutôt qu’une expression citoyenne.
Cela produit trois dérives :
Plus on caricature, plus on attire.
Le militant ne cherche plus le juste, mais le viral.
Sur X, la nuance ne fonctionne pas.
La formule extrême, si.
Chaque parti fonctionne comme une bulle :
PS/Écolo/PTB d’un côté, MR/N-VA/engagés de l’autre.
Chacun prêche pour sa chapelle, sans jamais écouter l’autre.
La démocratie n’avance plus : elle se polarise.
Quand des militants de 18 à 25 ans deviennent avant tout des créateurs de contenu, ils suivent la logique des réseaux sociaux :
Ce n’est plus de la politique.
C’est du marketing politique.
Et ce marketing influence la perception des citoyens — surtout les plus jeunes, les moins informés, et les plus dépendants des réseaux sociaux pour “comprendre le monde”.
Les partis adorent cette nouvelle génération de militants numériques :
Mais le coût pour la démocratie est élevé :
L’article de Mathieu Michel sur le “digital qui appauvrit la démocratie” prend ici tout son sens.
Sommes-nous encore face à des jeunes citoyens engagés…
ou face à des influenceurs qui vendent une idéologie comme on vend un produit ?
Le militantisme numérique pousse à une posture :
choquer, dénoncer, accuser, humilier.
Mais pas comprendre.
Le risque :
une génération politisée, mais pas instruite politiquement.
Le numérique a donné une voix aux jeunes militants, et c’est une bonne chose.
Mais il a aussi transformé le militantisme en spectacle permanent.
Entre les vidéos virales, les clashs mis en scène et les identités politiques enfermées dans des bulles algorithmiques, on voit émerger une génération plus “influenceur de parti” que véritable citoyen.
Pour rééquilibrer le débat démocratique, il faudra remettre au centre ce qui disparaît progressivement : la nuance, la contradiction constructive, la capacité d’écouter et l’esprit critique.
Saad van Nassouwe est un pseudonyme éditorial utilisé pour les contenus publiés sur belge.media.
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