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De plus en plus de responsables politiques européens utilisent TikTok pour se promouvoir. Données, image internationale, perte d’autorité : une stratégie numérique qui interroge et inquiète.
Depuis quelques années, de nombreux responsables politiques européens se sont lancés sur TikTok. L’objectif affiché est simple : toucher les jeunes, moderniser l’image, “parler leur langage”.
Dans les faits, cette communication repose de plus en plus sur des codes absurdes : danses, sketches, trends, musiques virales, montages rapides. La politique n’y est plus expliquée, elle est mise en scène. Le message passe après la performance.
Ce glissement pose une question fondamentale : un responsable politique est-il encore crédible lorsqu’il adopte les codes du divertissement adolescent ?
TikTok est une plateforme extrêmement intrusive en matière de collecte de données : comportements, réactions, habitudes, réseaux relationnels, géolocalisation indirecte. Lorsque des élus et leurs équipes utilisent massivement cette application, ce ne sont pas seulement des données personnelles qui sont exposées, mais aussi des données politiques, stratégiques et communicationnelles.
Le problème n’est pas de sombrer dans la paranoïa, mais de constater un fait simple :
les responsables européens appliquent à eux-mêmes des pratiques numériques qu’ils déconseillent aux citoyens et aux institutions.
Cette incohérence affaiblit le discours sur la souveraineté numérique et la protection des données.
L’aspect le plus dérangeant n’est peut-être pas technique, mais symbolique.
Du point de vue chinois, que voit-on sur TikTok ?
Des responsables européens qui dansent, plaisantent, se déguisent parfois, cherchent la viralité à tout prix. Autrement dit : une désacralisation totale de la fonction politique.
À l’inverse, les responsables politiques chinois n’adoptent jamais ce type de communication. Leur présence numérique est contrôlée, institutionnelle, sérieuse. Elle vise à projeter une image de stabilité, de maîtrise et de continuité du pouvoir.
Ce décalage est frappant :
l’Europe se donne en spectacle, pendant que d’autres régions du monde observent.
La démocratie repose aussi sur des symboles. Un élu n’est pas un influenceur. Un ministre n’est pas un créateur de contenu. En cherchant à paraître “proches” et “modernes”, certains responsables politiques européens finissent par affaiblir l’autorité de la fonction qu’ils incarnent.
Vue de l’extérieur, cette communication donne une image préoccupante : celle d’un continent qui doute de lui-même, qui n’ose plus assumer la gravité de ses responsabilités et qui confond visibilité et légitimité.
Le problème n’est pas TikTok en soi.
Le problème, c’est ce que l’Europe choisit d’y montrer.
À court terme, ces vidéos génèrent des vues, des likes, parfois des articles.
À long terme, elles contribuent à une forme de décrédibilisation du pouvoir politique européen, tant auprès de ses citoyens que sur la scène internationale.
La modernité ne consiste pas à singer les codes du divertissement.
Elle consiste à maîtriser les outils numériques sans s’y soumettre.
Saad van Nassouwe est un pseudonyme éditorial utilisé pour les contenus publiés sur belge.media.
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