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À force de confondre leadership et domination, souveraineté et contrôle, la France est devenue un facteur de déséquilibre interne pour l’Europe. Le danger n’est plus extérieur, il est idéologique et bien européen.
Lorsqu’on évoque les menaces qui pèsent sur l’Europe, le débat se focalise presque toujours sur des puissances extérieures. Les États-Unis, la Russie, la Chine ou les tensions géopolitiques lointaines occupent l’essentiel de l’attention médiatique et politique.
Pourtant, le danger le plus constant, le plus sournois et le plus structurant pour l’Union européenne ne vient pas de l’extérieur. Il vient de l’intérieur. Ce danger porte un nom : la France.
Non pas la France comme pays ou comme peuple, mais la France comme modèle politique, comme vision du pouvoir, comme acteur idéologique au sein de l’Europe. On parle d’un pays qui a coupé la tête de son roi.
La France reste profondément marquée par une histoire politique fondée sur la rupture, la verticalité et l’affrontement. La Révolution française, souvent glorifiée, a laissé une empreinte durable : celle d’un État central fort, convaincu de sa supériorité morale et intellectuelle.
Cette culture politique produit une certitude dangereuse : la conviction que la France sait mieux que les autres ce qui est bon pour l’Europe. Là où l’Union devrait fonctionner par compromis, pluralité et respect des souverainetés, la France privilégie l’imposition, le cadrage et la norme descendante.
Ce décalage n’est pas anecdotique. Il est structurel.
La France se pense encore comme une grande puissance indispensable, un phare politique, diplomatique et intellectuel. Ce chauvinisme se traduit par une difficulté chronique à accepter que d’autres pays puissent faire des choix différents sans se tromper.
Lorsqu’un État membre ne suit pas la ligne française, il est immédiatement soupçonné de naïveté, de dépendance ou d’irresponsabilité. Cette attitude n’est pas celle d’un partenaire. C’est celle d’un donneur de leçons.
L’épisode des F-35 est révélateur. Le choix belge, rationnel, stratégique et cohérent avec l’OTAN, a déclenché une réaction française disproportionnée, presque méprisante.
La France n’a pas accepté que la Belgique fasse un choix pragmatique fondé sur l’interopérabilité, la guerre en réseau et la sécurité collective. Ce rejet n’était pas stratégique. Il était idéologique et industriel.
À travers ce dossier, une vérité s’impose : la France préfère une Europe alignée sur ses intérêts plutôt qu’une Europe efficace.
La France se présente comme la championne de la souveraineté numérique européenne. En réalité, ce concept est trop souvent utilisé comme un outil de domination politique.
Protection des mineurs, contrôle des plateformes, identité numérique, intelligence artificielle : chaque sujet devient un prétexte pour centraliser, normer et exiger des solutions présentées comme européennes, mais conçues selon une logique française.
La France brandit régulièrement sa dissuasion nucléaire comme preuve de supériorité stratégique. Or cette arme ne protège pas l’Europe. Elle protège exclusivement les intérêts français.
Utilisée comme argument politique, elle sert surtout à maintenir une position dominante dans les débats européens. Elle n’est ni mutualisée, ni partagée, ni démocratiquement européenne.
Là encore, la France confond intérêt national et intérêt commun.
La communication politique française illustre parfaitement cette dérive. La mise en scène permanente du pouvoir, les postures présidentielles théâtrales, les symboles mal maîtrisés traduisent une déconnexion croissante avec les réalités européennes.
Lorsque la forme prend le pas sur le fond, lorsque la posture remplace le contenu, la confiance s’érode. Et avec elle, la crédibilité.
La Belgique, par sa culture du compromis, du pragmatisme et de l’équilibre, se retrouve naturellement en opposition avec cette vision française de l’Europe.
Pour un pays comme la Belgique, le danger n’est pas l’alliance transatlantique. Le danger, c’est une Europe dominée par une idéologie française centralisatrice, moralisatrice et incapable d’accepter la diversité des choix.
Préférer une alliance claire, assumée et contractuelle à une domination interne floue et idéologique n’est pas une faiblesse. C’est une lucidité stratégique.
Le véritable danger pour l’Europe ne vient pas de Washington, ni de Moscou, ni de Pékin. Il vient de la France, lorsque certains États cherchent à transformer l’Union en prolongement de leur propre vision nationale.
Aujourd’hui, la France représente ce danger.
Non par sa puissance, mais par son arrogance institutionnelle.
Non par sa force, mais par son idéologie.
Non par ce qu’elle est, mais par ce qu’elle impose.
Refuser cette dérive n’est pas être anti-français.
C’est défendre une Europe équilibrée, pluraliste et réellement souveraine.
Ainsi, c’est, pour la Belgique, une nécessité politique.
Saad van Nassouwe est un pseudonyme éditorial utilisé pour les contenus publiés sur belge.media.
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