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La European Disability Card (EDC) vise à harmoniser la reconnaissance du handicap en Europe. En Belgique, elle reste trop méconnue, alors qu’elle pourrait transformer le quotidien des personnes handicapées.
Conçue pour harmoniser la reconnaissance du handicap à l’échelle européenne, la carte EDC est encore mal comprise. En Belgique, son potentiel humain dépasse largement les réductions dans les musées : c’est une carte pour être comprise, pas seulement reconnue.
Lancée par la Commission européenne en 2016 dans le cadre d’un projet pilote, la European Disability Card (EDC) a pour objectif de faciliter la reconnaissance du handicap entre les pays de l’Union européenne.
Huit États ont participé au programme initial : Belgique, Italie, Slovénie, Chypre, Estonie, Finlande, Malte et Roumanie.
L’idée était simple : permettre à une personne handicapée reconnue dans son pays d’être également reconnue à l’étranger, sans devoir se justifier ni présenter de dossier administratif.
Mais, comme souvent dans les projets européens, la mise en œuvre diffère fortement d’un pays à l’autre.
En Belgique, c’est le SPF Sécurité Sociale qui délivre la carte.
Dans les faits, elle reste très peu connue, surtout du côté francophone, où aucune véritable campagne de sensibilisation n’a été menée.
C’est un néerlandophone, Pieter Paul Moens, qui a pris l’initiative de promouvoir la carte sous le nom de EDC Fan Team Belgium.
Autiste lui-même, Pieter se bat pour faire reconnaître les handicaps invisibles — ces troubles qui ne se voient pas mais compliquent profondément la vie quotidienne.
Sans budget, il a créé sa page Facebook, conçu des affiches et tenté de sensibiliser le public et les institutions, là où les pouvoirs publics sont restés silencieux.
“Je paie tout moi-même, mais je ne reçois aucun soutien. Le gouvernement n’a pas mis les moyens nécessaires pour que le message soit visible dans les deux langues”, explique-t-il.
Son combat vise avant tout à rappeler que la carte EDC n’est pas une simple carte de réduction, mais un outil de compréhension — un signe pour dire : « je ne suis pas en opposition, j’ai simplement besoin d’une approche adaptée. »
Pieter Paul Moens a également été invité au Parlement européen par Roberta Metsola, présidente du Parlement, en reconnaissance de son engagement et de son travail de sensibilisation mené avec des associations comme Autism-Europe et European Deaf Union.
Son équipe, composée notamment d’infirmières et de bénévoles, poursuit la promotion de la carte EDC à travers différents réseaux professionnels et événements de santé.
Fin septembre 2025, l’équipe d’EDC Fan Belgium a tenu un stand lors du Salon de la santé et du bien-être à Morlanwelz, à l’invitation de la médecin et écrivaine Ines Tasca (Parti Socialiste).
Pieter y a échangé avec des étudiants en médecine de Mons et de Liège, des représentants de l’hôpital Helora et de l’école supérieure Helha, afin de promouvoir la carte EDC auprès du personnel soignant de demain.
Des contacts ont également été établis avec l’hôpital CHwapi de Tournai.
L’histoire de Pieter illustre le manque de sensibilisation des forces de l’ordre.
Un jour, alors qu’il raccompagnait ses parents après un repas, ils ont été arrêtés par la police.
Déstabilisés par son attitude, les agents ont mal interprété sa nervosité et l’ont conduit au poste.
Ce n’est qu’après avoir présenté sa European Disability Card que la situation s’est apaisée : les policiers ont compris qu’il était autiste.
Cet épisode illustre l’importance d’une meilleure formation des forces de l’ordre pour reconnaître les handicaps invisibles.
Un QR code intégré à la carte pourrait, à terme, permettre d’identifier rapidement le type de handicap et d’éviter toute incompréhension — une évolution que défend activement le collectif EDC Fan Belgium.
Le véritable enjeu de la EDC n’est pas d’offrir des avantages, mais d’ouvrir les yeux.
Pour les personnes autistes, sourdes, aveugles ou à mobilité réduite, chaque interaction avec la société — police, hôpital, transports, administration — peut devenir une épreuve.
La carte pourrait être reconnue :
L’objectif : que cette carte soit immédiatement reconnue comme un symbole de compréhension, pas une faveur administrative.
En Belgique, la carte EDC ne remplace pas la carte de stationnement PMR, mais elle pourrait la compléter.
L’une des demandes portées par Pieter est que la carte EDC donne droit à la gratuité du stationnement dans les parkings publics liés aux services essentiels, comme les hôpitaux, les maisons communales ou les administrations.
Actuellement, une personne handicapée peut se garer sur une place réservée grâce à sa carte PMR, mais doit souvent payer le tarif normal dans les parkings hospitaliers ou administratifs.
L’idée est que la carte EDC serve également de preuve officielle de handicap reconnue, ouvrant l’accès gratuit à ces lieux indispensables, sans contrainte financière supplémentaire.
Au fil de mes déplacements, j’ai eu l’occasion de tester la carte EDC à plusieurs reprises, en tant que personne à mobilité réduite moi-même.
Ces expériences m’ont permis de constater qu’elle fonctionne bel et bien, mais que sa reconnaissance reste inégale selon les pays.
En Roumanie, la carte a été acceptée sans discussion.
À Malte, le personnel d’accueil, bien qu’un peu surpris, a accepté la carte avec bienveillance.
En France, à l’Hospice de Beaune, elle a été reconnue immédiatement, donnant accès gratuit à la personne handicapée et à son accompagnant.
Et même au Maroc, pays non membre de l’Union européenne, la carte a servi de preuve de handicap pour accéder au musée Yves Saint-Laurent.
Ces exemples montrent que la carte porte déjà une légitimité visuelle et morale, même hors du cadre européen.
Elle témoigne d’un besoin universel : permettre aux personnes handicapées d’être comprises et accueillies sans devoir se justifier à chaque étape.
Le projet EDC devait unifier la reconnaissance du handicap en Europe.
Mais dans les faits, chaque pays applique ses propres règles :
Une directive européenne adoptée en 2024 prévoit de rendre la carte obligatoire et reconnue dans toute l’Union européenne d’ici 2028, avec un format unifié combinant reconnaissance du handicap et carte de stationnement PMR.
La European Disability Card pourrait transformer le quotidien de millions de personnes handicapées si elle était réellement reconnue sur le terrain.
Elle ne demande pas des privilèges, seulement de la compréhension.
Car derrière chaque carte se cache une personne — parfois perdue, parfois anxieuse, mais toujours lucide — qui demande simplement à être guidée, comprise et respectée.
Depuis le 1er janvier 2024, la carte EDC est automatiquement proposée aux personnes reconnues handicapées.
Mais pour celles dont la reconnaissance est antérieure à cette date, il faut en faire la demande manuellement — une démarche que la plupart ignorent.
Saad van Nassouwe est un pseudonyme éditorial utilisé pour les contenus publiés sur belge.media.
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